Le communiqué de presse de la Mairie nous annonçait une « délibération très attendue » et il faut bien avouer que nous étions nous aussi dans l’attente d’une belle démonstration de maîtrise des enjeux du développement durable à l’occasion de la présentation de l’Agenda 21 et du Plan Climat énergie territoriale (PCET) de la ville de Montreuil.
En effet, avec une majorité écologiste et une maire ancienne ministre de l’environnement, nous étions intellectuellement stimulés à l’idée de pouvoir découvrir les mesures que la ville de Montreuil allait prendre dans le futur pour remplir des objectifs ambitieux de lutte contre le réchauffement climatique et de réduction des gaz à effet de serre. Nous nous attendions même à des propositions décoiffantes et audacieuses de réorientations des politiques publiques municipales.
Après tout, certains élus de la majorité municipale de Montreuil ne réfléchissent-ils pas depuis des décennies aux enjeux environnementaux et à la définition de l’écologie politique ?
Hélas, nos attentes et nos espoirs n’auront pas été comblés. L’Agenda 21 et le PCET présentés au Conseil municipal de lundi 25 juin relèvent finalement d’un exercice de style très convenu avec peu d’innovations et une créativité toute limitée.
Evidemment, le point majeur de ce document repose sur l’urbanisme et la construction : des bâtiments économes en énergie, des bâtiments publics ou des logements HLM qui sont actuellement de véritables passoires énergétiques et qu’il faudra rénover et isoler. Tout cela on le savait, et Manuel Martinez quand il était maire-adjoint à l’urbanisme ou Mouna Viprey lorsqu’elle était Première adjointe en charge de l’Education, n’avaient pas attendu l’Agenda 21 pour commencer à prendre des mesures allant dans cette direction.
Mais au-delà de ces grandes orientations qui font consensus, quelques points mis en avant dans ce document suscitent des interrogations.
URBANISME ET MIXITE SOCIALE
Au-delà du discours affiché de « préserver » la mixité sociale de notre ville, nous avons en mémoire les propos de Dominique Voynet lors d’un récent conseil municipal, qui se plaignait que les logements neufs (et plus écologiques donc) soient moins chers que les logements anciens. Elle affirmait alors réfléchir à déplafonner les prix de vente du neuf. Propos qui ont été confirmés lundi soir par le maire-adjoint au logement et à l’urbanisme qui, au sujet de l’écoquartier des « Hauts de Montreuil », confirmait qu’il comptait bien se satisfaire que les logements privés soient vendus bien plus chers qu’ils ne le sont actuellement sur la ville, y compris dans le quartier de la Boissière. Curieuse conception qui aboutit à cantonner les classes moyennes à l’accession sociale mais qui les exclut de fait de tout achat d’appartement dans le privé puisque les prix y seront laissés « à la libre concurrence ».
DIALOGUE ET PARTICIPATION CITOYENNE
Là aussi, c’est l’une des grandes faiblesses de la municipalité. En 2008, Dominique Voynet promettait plus d’écoute, de respect, de dialogue. Ses proches annonçaient des budgets participatifs, une démocratie locale plus développée. Depuis 4 ans, les Montreuillois ont pu voir que de tout cela, il n’était rien et que seul prévalait le passage en force sur la plupart des dossiers municipaux.
Quand on reproche à la municipalité la faiblesse des quelques concertations qui sont menées (quand la loi l’impose et que la municipalité ne peut pas y échapper), on nous répond « on ne peut pas forcer les habitants à participer ». Certes c’est vrai, mais encore faut-il se donner les moyens de les faire participer, et l’on sait qu’en ce domaine l’équipe municipale se contente du service minimum. Quand on reproche à la municipalité de ne pas faire de concertation, la réponse tombe sans appel : « on aimerait faire de la concertation mais sur ce dossier on n’a pas le temps, il faut aller vite ». Bref, l’heure de la démocratie participative semble toujours repoussée…
SAINE GESTION ET PRUDENCE
Hélas le contre-exemple absolu est celui du projet pharaonique de parc aquatique écologique de plein air qui sera installé l’an prochain dans les Murs à Pêches. Nous alertons Dominique Voynet et lui demandons d’appliquer le principe de précaution sur ce projet, à la suite d’un rapport alarmant de l’Agence nationale de sécurité sanitaire sur les risques de toxicité des plantes épuratrices ou ornementales prévues pour filtrer l’eau des bassins. Demande rejetée. Nous demandons depuis 18 mois à connaître le coût de fonctionnement annuel de ce futur parc aquatique afin de mesurer l’impact qu’il aura sur les finances communales. Aucune réponse non plus. Cela nous semble aller totalement à l’encontre de la démarche de responsabilité que veut porter l’Agenda 21.
DEPLACEMENTS
C’est l’une des politiques qui permettrait de réduire ce qui fut appelé en 2008 « la fracture entre le haut et le bas Montreuil ». Sauf que les Montreuillois sont comme les autres Français, ils ne renonceront à prendre leurs véhicules que si on leur permet de pouvoir se déplacer aussi facilement qu’en voiture. Or les choses n’évoluent pas très vite dans ce domaine. Les « Veli Velo » ne semblent pas répondre au besoin. Les bus sont toujours autant bondés, les fréquences – certes un peu améliorées – restent insuffisantes. La date d’arrivée du tramway dans le haut Montreuil semble toujours aussi incertaine, le combat pour le prolongement de la ligne 9 se poursuit mais il prendra du temps, même si le prolongement de la ligne 11 est acté.
Nous demeurons convaincus pour notre part que la mise en place des navettes inter-quartiers, pourtant promises durant la campagne électorale de 2008, aurait été une réponse encourageante pour le déplacement quotidien de nos concitoyens. Hélas, comme pour toute promesse électorale, elle a été jetée aux oubliettes. Pour notre part, nous continuerons à la réclamer car elle nous semble indispensable.
Nous nous sommes également étonnés que la Mairie soutienne un dispositif associatif de location de voiture de courte durée (pour faire simple : l’association met en relation un propriétaire de voiture louant ainsi son véhicule à un particulier qui a un besoin temporaire de se déplacer). Pourquoi dès lors avoir refusé que le système d’Autolib ne se développe à Montreuil ? L’objectif est en effet le même ; encourager l’usage partagé de la voiture, avec à termes l’ambition que les gens renoncent à acheter un véhicule puisqu’ils en auront à disposition dans leur rue. Réponse sans appel : ça coûte trop cher, 50.000 euros pour l’installation d’une station. Réponse pas franchement convaincante quand on connaît le prix (pour un succès plus que limité) de « Veli Velo » ou quand on constate l’explosion des budgets fêtes et cérémonies de la ville.
Curieusement, la majorité municipale n’a pas mis en avant les arguments écologiques pour justifier son refus d’un tel projet (des questions se posent pourtant sur la nocivité environnementale éventuelle des batteries des Autolib).
LE BIO C’EST BIEN
Développer le bio dans les cantines, oui très bien et bonne idée. Mais si le bio vient de loin, son intérêt devient limité. Nous avions déjà dénoncé cet affichage l’année dernière lors d’une décision qui visait à développer la présence de produits issus de l’agriculture biologique dans les repas des crèches, mais dont l’approvisionnement reposait sur des livraisons venues de l’étranger dans de bons gros camions de transport routier, au bilan carbone assez médiocre. Une délibération a été votée lundi soir, portant sur un avenant à la restauration scolaire et visant à introduire plus d’aliments issus de l’agriculture biologique…locale (produite en Ile de France) dans nos cantines. Au moins, nous aurons été entendus sur ce point, avec un retard d’un an tout de même !
CONCERNANT L’ADMINISTRATION COMMUNALE
Nous n’épiloguerons pas sur ce dossier, nous en avons souvent parlé, mais nous sommes sincèrement très inquiets de la situation qui règne au sein de l’administration. Les départs sont plus nombreux que la moyenne – la maire l’a d’ailleurs reconnu lors d’une récente rencontre avec ses agents.
Mais surtout nous sommes effarés de constater le nombre d’agents municipaux en dépression, en arrêt maladie longue durée, ceux qui sont dans des placards et qui errent en attendant désespérément une mission. Jamais la ville n’a compté autant de procédures judiciaires engagées contre elle au tribunal administratif par ses propres salariés. Et cette situation existe dans tous les services, et à tous les postes. C’est réellement inquiétant, effrayant même.
Quant à la parité que la Maire dit vouloir promouvoir, elle doit s’entendre dans les deux sens. Dominique Voynet publie un communiqué de presse à chaque recrutement d’une collaboratrice, se glorifiant ainsi de faire vivre la parité. Au final, on en est loin : de 57 à 60% des postes dans l’administration sont occupés par des femmes, toutes catégories confondues. Il va donc falloir que Dominique Voynet revoit un peu ses critères de recrutement si elle veut atteindre la parité réelle…
SOLIDARITE NORD/SUD
Pas un mot non plus sur les ambitions politiques de la municipalité en matière de coopération décentralisée et sur l’action de solidarité que Montreuil mène notamment à Yélimané au Mali. De tels silences sont surprenants et regrettables d’autant qu’ils s’inscrivent pleinement dans la démarche générale de l’Agenda 21. Masquent-ils un désengagement programmé ?
CONCLUSION
La lecture de ce document est clairement décevante. Au final, on a l’impression que le « chiffre » compte plus que le fond et que la municipalité a voulu absolument afficher de nombreuses actions pour montrer qu’elle en fait beaucoup.
Cela aboutit parfois à un patchwork de décisions incantatoires (Action 59. « Organiser les Assises de la culture », Action 61. « Organiser des rencontres entre les générations et interculturelles », Action 63. « Faire vivre la démocratie participative ») qui peinent à faire une politique cohérente.
En vérité, ce document ressemble plus à un bilan qu’à une feuille de route pour l’avenir.
Au final, l’Agenda 21 de Montreuil ne diffère guère de bien d’autres Agendas 21 locaux de municipalités qui ne se réclament pourtant pas d’appartenir à un parti fondateur de l’écologie politique.
On peine quand même à voir la capacité d’innovation et « d’imagination au pouvoir » dont se réclame la majorité municipale.
Nous pensons d’ailleurs que ce sentiment doit être secrètement partagé par Dominique Voynet puisque le seul reproche fait par la maire à nos interpellations lundi soir a porté sur « le ton de notre intervention », mais pas sur le fond des arguments que nous avons développés.
[...] et du PCET (Plan climat-énergie territorial) présentés lors du Conseil municipal de juin 2012 (voir notre article). En témoignent d’ailleurs les nombreux copier/coller entre les deux documents, fautes [...]